Fenêtre ouverte sur Vuillard

Réalisation tardive (circa 1932-1937), La chambre de Vuillard aux Clayes appartient aux dernières décennies de l’œuvre d’Édouard Vuillard. Peintre intimiste formé à l’Académie Julian, nourri d’une solide culture académique et d’une solide connaissance des maîtres anciens qu’il conteste aux côtés des Nabis, Vuillard développe très tôt un sens aiguisé de la composition et de l’équilibre décoratif.

Avant-gardiste, Vuillard explore les territoires de l’intime et s’amuse de ses subtilités.

Son amitié avec les frères Hessel, qui tiennent une galerie fréquentée par l’artiste, et plus particulièrement son amitié avec Joseph Hessel et son épouse Lucy, marque profondément sa trajectoire personnelle. Invité régulier au château de Clayes, près de Versailles, il y séjourne dans les années 1930. Cette résidence de campagne devient un refuge, un atelier secondaire, un espace suspendu entre vie privée et création.

La chambre qu’il occupe est le terrain de jeu d’un camaïeu de déclinaisons, dont chaque scène représente tour à tour des vues depuis la fenêtre, des paysages automnaux ou encore la figure de Lucy Hessel, avec qui il entretient une amitié singulière.

Cette série dévoile une atmosphère feutrée et silencieuse dont l’essence caractérise son style tardif, où la mémoire semble dialoguer avec la sensibilité du peintre.

À gauche, la composition s’ouvre sur un paysage bucolique dominé par une palette douce aux teintes de châtaigniers, de hêtres ou de pins, rehaussée par les nuances chaudes d’un automne naissant. À droite, le peintre nous invite dans l’intimité de la chambre qu’il occupe au château de Clayes.

Ondulant sur les draps, la lumière prend le pas sur l’ombre et dévoile la simplicité du mobilier. Motif récurrent dans cette série, un géranium rouge est délicatement installé au centre de la chambre, structurant l’espace par une note vive qui fait écho à cet extérieur que nous sommes invités à contempler.

Ce motif démontre les connaissances académiques du peintre dans l’équilibre des compositions et révèle son attachement pour la peinture de motif. Un attachement également partagé par son confrère Henri Matisse, dont les motifs ont eux aussi marqué durablement l’histoire de la peinture française.
La palette, dominée par des nuances pastel, enveloppe la scène d’une douceur lumineuse. L’intérieur et l’extérieur se répondent dans un jeu subtil de couleurs et de rythmes, offrant une vision intime, presque silencieuse, du quotidien du peintre.

Ce pastel sera présenté à l’occasion de la prochaine vacation dédiée au Mobilier et Objets d’Art de la Maison Lynda Trouvé, où il viendra illustrer avec justesse cette période tardive d’Édouard Vuillard.

Il est à découvrir mardi 14 avril à l’Hôtel Drouot, en salle 6.


Edouard VUILLARD (1868-1940)
La chambre de Vuillard aux Clayes, circa 1932-37
Pastel portant le cachet de la signature en bas à droite
Papier gondolé
32,5 x 24,5 cm à vue

Bibliographie :
– Salomon Cogeval, « Vuillard, catalogue critique des peintures et pastel, volume III », 2003, reproduit et décrit sous le n° XII 292, pages 1594.
– Salomon, 1966, pl. coul. 2

Provenance :
– Atelier
– Collection particulière

Expositions :
– Munich, Haus der Kunst, 1968, n° 177
– Paris, Orangerie, 1968, n° 187

Expert: B.P