Joseph Inguimberty : quand les Trois Grâces rencontrent le Tonkin

Joseph Inguimberty : les Trois Grâces




Joseph INGUIMBERTY (1896-1971)
Professeur d'arts décoratifs à l'Ecole des Beaux-Arts de l'Indochine.
Les Trois Grâces. Vers 1938.
Huile sur toile encadrée, signée en bas à gauche.
H. 150 cm - L. 150 cm
Provenance : famille de l'artiste.


Grand sujet de la peinture académique, les Trois Grâces que nous propose ici Joseph Inguimberty témoignent de la subtilité avec laquelle l’artiste revisite les codes d’une tradition classique dont il a déjà su montrer la maîtrise. Jouant d’une palette aux couleurs vibrantes, la toile s’anime dans un jeu de regards entre les trois jeunes Tonkinoises. Contrapposto et volupté caractérisent les silhouettes, dont les attitudes gracieuses semblent suspendre le temps. En pleine conversation, elles invitent le spectateur à pénétrer dans ce cadre intime et presque à tendre l’oreille. 

Vêtues de l’áo dài, un costume traditionnel vietnamien, les trois figures prennent place dans l’atelier de l’artiste, dont la tenture aux motifs de ramage sur fond rouge évoque, par ses couleurs et son décor, la Desserte rouge peinte par Henri Matisse en 1908. Ce motif végétal trouve un écho dans les motifs géométriques de la robe de la jeune femme à gauche, dont le damier noir et crème contraste avec le grand aplat vert tendre de la silhouette qui lui fait face. Le banc et la tenture, familiers de l’atelier de l’artiste, rappellent que cette scène, malgré son apparente spontanéité, est savamment composée.

Avec ses dimensions remarquables (150 x 150 cm), cette composition confère aux trois figures une présence presque grandeur nature et constitue une variation particulièrement aboutie d’un thème cher à Inguimberty. Dans d’autres versions, l’artiste renouvelle la scène en faisant circuler entre ses modèles une boîte à offrandes, une fleur de lotus ou encore un ananas, comme ici,  symboles d’immortalité et de prospérité. Ces objets deviennent autant de prétextes à saisir la délicatesse des gestes et la grâce des attitudes, tout en faisant varier les équilibres de la composition. Cette attention particulière portée aux modèles du Tonkin rejoint les observations de Pierre Gourou, qui soulignait en 1937 la délicatesse et l’affection avec lesquelles le peintre les représentait (Revue Le Monde colonial, janvier 1937).

Professeur à l’École des Beaux-Arts de l’Indochine, Inguimberty manifeste un intérêt particulier pour le modèle vivant et l’observation directe. Son séjour au Tonkin nourrit ainsi une pratique ancrée dans la rencontre avec ses modèles, qu’il rémunère notamment en parcourant la région à leur recherche. Jusqu’à la fabrication de ses propres toiles, l’artiste témoigne d’un engagement concret dans toutes les étapes de sa création.

Bibliographie : Giulia Pentcheff. Joseph Inguimberty, premier catalogue de l’œuvre peint. Une variante de notre œuvre, de petit format, intitulée Conversation reproduite page 108 et en couverture de l’ouvrage.

Une œuvre présentée à la vente à Marseille
Lynda Trouvé, expert UFE des arts de l’Indochine, présente cette œuvre de Joseph Inguimberty lors de la vente Bijoux – Arts d’Asie – Mobilier et objets d’art – Tableaux, organisée par la maison De Baecque à Marseille.

Rendez-vous le jeudi 26 novembre 2026 à 14 h 30
De Baecque, 5 rue Vincent-Courdouan, 13006 Marseille.
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